Quand on considère les rituels de mariage dans différents pays, on se rend compte à quel point celui du mariage a toujours été un des plus importants. En effet, il est regardé comme un rite essentiel de passage, avec les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort.

En se mariant, deux êtres quittent leur famille pour en fonder une nouvelle, d’où l’importance des rites qui accompagnent ce grand changement.

Dans les pays slaves, des traditions qui remontent à l’Antiquité peuvent encore se lire dans les rituels actuels, malgré la forte opposition du régime soviétique qui a cherché à les supprimer pendant plus de 70 ans.

 

Naturellement, il y a des mariages d’amour entre deux jeunes gens qui se connaissent et qui s’apprécient. Ceci se répand de plus en plus, mais encore dans de nombreux cas, on cherche l’aide d’une marieuse. Celle-ci va chercher des conjoints possibles et accorder  au mieux les fiancés, le critère le plus évident étant le même milieu social.

Cette marieuse a des rituels à suivre pour la bonne marche de la tractation, par exemple elle ne doit pas s’asseoir dans la maison de la fiancée. Elle s’entoure la taille d’une corde qui va servir à lier les accordailles, et elle se place sous la poutre maîtresse de la maison pour les présentations.

Quand l’accord est fixé entre les 2 familles, les pères frappent dans leurs mains et l’on offre un gâteau que l’on partage en deux, chaque fiancé mangeant la part de l’autre, ce qui signifie qu’ils ne vont plus faire qu’un désormais.

Ensuite, on choisit une date de mariage selon certains rites, par exemple en évitant le mois de mai. Ceci à cause de la ressemblance entre le mot « maï » (mai) et le mot « mayatia » (souffrir). Mais on peut rappeler que dans les pays chrétiens le mois de mai est consacré à la Vierge Marie, et que normalement on ne se marie pas non plus ce mois-là.

Beaucoup de rituels ont effectivement disparu, mais nombreux sont ceux qui se sont conservés. Sur un plan symbolique, le mariage est toujours joué comme un enlèvement de la fiancée, laquelle va passer de l’appartenance à son père à celle de son mari. Mais le mariage russe est aussi imprégné de l’idée de protection que le mari va apporter à son épouse, qui perd en se mariant la protection de son père. Comme dans de nombreux pays, l’idée est que la femme doit être épousée. Et la plupart des jeunes filles se livrent à des sortes de jeux divinatoires pour savoir quand et comment elles vont se marier.

Par exemple, on lance une chaussure en l’air, et l’on pense que le fiancé viendra du côté où est la pointe avant. Ou bien l’on fait couler du blanc d’œuf dans de l’eau, et s’il prend la forme d’ un cierge ou d’un anneau, cela signifie qu’il y aura mariage dans l’année.

Rituels du mariage

Il y a des traditions très ancrées autour de la toilette de la mariée. On la baigne, et les jeunes filles qui l’entourent se baignent dans la même eau de bain afin que cela leur porte chance pour leur propre mariage. Puis on frotte la fiancée avec du pain d’épices que l’on donne au fiancé pour qu’il s’imprègne de sa future femme.

Le choix de la robe est très important, c’est le rôle de la mère et de la sœur. Aujourd’hui, la coutume de la robe blanche à l’Occidentale est à la mode, mais souvent on adopte des tenues russes anciennes, dans lesquelles on privilégie la couleur rouge, couleur du bonheur. Dans ce cas, le marié aussi portera les vêtements traditionnels brodés. Le bouquet de la mariée est souvent fait de fleurs des champs et d’épis de blé, en souvenir du passé agricole de la grande Russie.

En Russie, on se marie tôt, l’âge moyen pour une femme est 20 ans, et 22 pour un garçon. On s’engage facilement, car les procédures de divorce sont très simples. On peut divorcer en une semaine pour la somme de 10 euros. En plus, le divorce n’est pas condamné par l’Église orthodoxe comme il l’est pas l’Église catholique, et on peut se marier plusieurs fois à l’église.

Avant la cérémonie, le fiancé va chercher sa promise chez elle. Mais il va falloir qu’il passe par différentes épreuves et tracasseries, qui sont organisées par ses amis et les frères et sœurs de la mariée pour rire un peu de lui.

À chaque jeu, il doit payer un tribut. C’est seulement après ces rituels cocasses qu’il pourra enfin prendre sa fiancée et l’emmener.

Mais quand il arrive, on lui fait souvent une farce : ce n’est pas la bonne qui est sous son voile, mais une amie, à lui de découvrir où est sa fiancée et de l’enlever !

Les fiancés arrivent donc ensemble à l’église où ils sont attendus par leurs parents et amis.

La cérémonie de mariage 

Tout commence dans le narthex de l’église , où le pope reçoit les fiancés. C’est là qu’ils vont échanger les anneaux. L’anneau est un symbole d’union très fort dans tous les pays du monde, au point qu’on l’appelle « alliance ». C’est un gage d’engagement, d’appartenance et de fidélité. La forme de l’anneau, un cercle fermé est un symbole d’éternité.

En Russie comme dans la plupart des pays slaves et germaniques, on porte l’alliance à la main droite. 

Ce serait une habitude qu’auraient prise les protestants et les orthodoxes pour se démarquer des catholiques. Mais on doit noter que c’est aussi ce qu’on fait en Espagne, pays très catholique s’il en est. L’annulaire aurait été choisi en fonction de la bénédiction que faisait les prêtres en touchant les doigts des fiancés : « Au nom du Père » (pouce) et du Fils (index) et du Saint-Esprit (majeur) en disant « Amen »  sur l’annulaire, le mariage est scellé.

Les anneaux sont échangés 3 fois : c’est le symbole que la faiblesse de l’un sera compensée par la force de l’autre. Car chacun est imparfait et incomplet, donc à deux, on deviendra un seul être parfait et complet. Après l’échange des alliances, les parents des fiancés offrent une icône, symbole de la sagesse, qui protégera le nouveau foyer. Ensuite, le pope conduit les fiancés à l’autel et il va les couronner. En Russie, les couronnes sont en or ou en argent, prêtées par l’église. Après des prières de bienvenue dans la maison de Dieu, le pope joint les mains des fiancés, qui devront rester scellées pendant toute la cérémonie.

On lit l’évangile des noces de Cana : en effet, le changement de l’eau en vin devient symbole du vieux qui devient du nouveau : la vie de célibataire meurt pour devenir la nouvelle vie de marié.

Puis on apporte une coupe de vin. Les deux fiancés, en buvant à la même coupe, symbolisent le fait qu’ils partageront tout.

Ils sont alors décrétés « mariés » et ils vont faire une « marche nuptiale », 3 fois le tour de l’autel, main dans la main, en embrassant à chaque passage la croix que le pope tient dans sa main. Les témoins suivent en portant les couronnes au-dessus de la tête des jeunes mariés. Pour finir, les mariés vont vénérer les icônes et reçoivent les félicitations de leurs parents et amis.

On offre des fleurs à la mariée, la plupart du temps des roses rouges, que la mariée passe au fur et à mesure à sa témoin. Puis on va à la salle des fêtes.

La fête des noces 

Avant d’entrer, les mariés et tous les invités vont faire le rituel du pain et du sel , le « karavaï »  rituel de bienvenue que l’on pratique dans les familles encore actuellement. Une brioche est posée sur un tissu brodé, portée souvent par une petite fille en costume russe, et au milieu se trouve un petit pot de sel. Chacun prend un morceau de brioche, le trempe dans le sel et le mange avant d’entrer.

Les invités et la famille après la cérémonie vont donc se retrouver pour un grand dîner qui durera plusieurs heures. Un maître de cérémonie le « tamada » va devenir le personnage phare de la soirée. C’est lui qui va rythmer la soirée en faisant danser, en portant des toasts au bonheur des jeunes mariés et finalement en faisant en sorte que tout le monde soit à peu près ivre à la fin. Les verres de vodka sont avalés aux cris de « gorko » (amer) ce qui oblige les mariés à s’embrasser pour atténuer l’amertume par leur baiser. Et ce rituel revient souvent ! Parfois, on boit du champagne et on jette sa coupe par-dessus sa tête .

À la fin de la soirée, on apporte un grand gâteau à étages. Le dernier étage est vendu aux enchères (ce qui fait un petit pécule pour les jeunes mariés). 

Au petit matin, les mariés s’éclipsent, les derniers danseurs sont ivres morts et tout le monde se congratule en se disant que c’était un bien beau mariage.

Catherine Alla